On approche la fin de l’année et l’envie de faire un petit
bilan me semble nécessaire.
Quitte à en déplaire certains et certaines, je ne peux
pas rester silencieuse sur une situation injuste.
Je vous invite à vous installer avec une tasse de thé, café ou plus solide si
vous désirez. Le champagne par contre, ne me semble pas du tout approprié.
L’année 2016 a bien commencé avec un cinquième livre en
route (Locker Hooking).
Je l’appelais mon n°5 à moi. Finalement il est arrivé dans
les rayons qu’en septembre.
À temps pour les dédicaces lors du salon
CréationsSavoirFaire à Paris. Hélas, certain(e)s d’entre vous auront
peut-être remarqué l’emplacement vide lors du dernier salon CSF à Paris.
La
cause ?
Le 21 octobre dernier, j’ai reçu la nouvelle que mon éditeur (le groupe
qui englobe les sociétés Carpentier-TuttiFrutti) rentrait en liquidation
judiciaire.
En sachant que les droits d’auteur ne sont calculés qu'après une année de vente et payés fin
du mois d’octobre … je trouve que la date de mettre en liquidation est une bien
belle coïncidence.
En plus, c’est à peine quatre semaines après que mon nouveau livre a
été mis en vente. On peut se poser la question de l’utilité de sortir encore un
livre quand on sait que fin du mois on ne peut plus payer les auteurs …
Un auteur n’est pas un créancier qui a un privilège quelconque, il est considéré
comme « fournisseur ».
Je suis un simple fournisseur avec mes
créations et mon savoir-faire pour faire fonctionner ce bureau d’édition et ses
multiples directeurs-administrateurs-dirigeants-présidents (je marque en
pluriel, car c’est ainsi), hauts responsables que l’on retrouve dans bien
d’autres sociétés comme administrateurs, directeurs …. Ça ne doit pas être un
job bien prenant si l’on peut cumuler à cette allure.
Le travail fourni, qui
fait rentrer l’argent dans une de leurs sociétés, ne leur incombe pas. L’argent
rentre par le travail de l’auteur, via ce qu’en fait le graphiste, les employés de la boîte. Les
gestionnaires s’occupent de gérer….
L’on pourrait croire qu’avec un livre vendu, le gestionnaire mettrait de côté la
partie qui ne lui appartient pas contractuellement, et dépense le reste à sa
guise et selon sa vision de gérer une société. Euh, et bien non.
Écrire un bouquin, créer ses modèles, les exécuter, les faire vérifier, les
fournitures … cela est un investissement que l’on essaie de récupérer un peu
par la vente qui suit.
C’est vrai qu’il faut être idéaliste et vouloir partager
sa connaissance pour s’y mettre, car on sait d’avance que l’on n’en deviendra jamais
riche en € (par contre en contacts humains, si, c’était très enrichissant).
Néanmoins … on espère récupérer un peu de cet investissement et ce travail
fourni.
Entre auteur et maison d’édition, il y a un contrat en bonne et due forme, qui
crée un lien légal, mais aussi une relation de confiance. Sans cette dernière, pas
possible de travailler, car l’auteur doit faire confiance quant au nombre de
livres vendus, quant à la promotion et la diffusion à faire … pour tout.
Et
j’ai travaillé avec plaisir et en bonne entente avec le personnel travaillant
chez Carpentier.
C’était un engagement réciproque à fournir de beaux livres,
instructifs et qui apportent ce petit plus aux lecteurs-lectrices.
Mais apprendre que l’on n’est que créancier chirographaire (c’est-à-dire :
en droit français, un créancier simple, ne disposant d'aucune sûreté
particulière à distinguer des créanciers privilégiés, comme le fisc ou les
salariés d'une entreprise en difficulté) … ça fait mal.
Je ne toucherai
probablement jamais rien sur les ventes réalisées depuis juillet 2015, ni sur
la vente des livres encore en circulation … puisque le liquidateur dit déjà
maintenant que la perspective de recouvrement de la créance est très incertaine
…
et comme toutes les histoires judiciaires prennent des mois et des mois …
Cela veut donc aussi dire qu’un contrat
de salarié dans cette maison d’édition, vaut plus qu’un contrat entre la maison
d’édition et un auteur - alors qu’il faut savoir que sans auteurs … la maison
d’édition n’est rien et n’existerai même pas.
Je ne sais pas comment les autres auteurs de la maison vivent cette situation.
Moi
je suis révoltée.
Une rupture de contrat aussi brusque et sans compensation
quelconque… Ça laisse un gout très amer en bouche.
On m’écrit que les gestionnaires ont tout fait pour trouver des solutions ….
Quand je pose la question ‘quelles sont ces solutions recherchées ?’… on
reste silencieux.
Encore …
Je l’encaisse mal, je le dis franchement. Il n’y a pas de honte à avouer qu’une
situation est pénible à vivre, même sachant qu’il y a pire malheurs dans le
monde.
Tous les investissements du passé se balaient d’un coup, sans pardon. Et
cette façon d’agir, ma confiance donnée qui est bafouée ainsi, ça peine, ça
déboussole. Mon engagement à livrer qualité et expertise, foutu ainsi à la
poubelle, c’est merdeux.
En plus, la communication passe très mal … pas de tél, pas moyen de
communiquer autrement que par mail (un seul directeur). D’un côté il vaut
mieux, ainsi tout est écrit.
Par contre il faudrait encore recevoir des
réponses à ses questions … pendant quatre semaines d’envois multiples de mails,
ne recevoir que de temps à autre une réponse avec ‘je vais me renseigner’ … c’est
décevant et surtout, c’est irrespectueux en plus d’être très frustrant. C’est
un manque total de politesse et de savoir-vivre.
C’est montrer de la part de
l’autre que vous ne valez pas une réponse, que vous êtes insignifiant.
Il m’a déjà fallu plusieurs semaines avant d’avoir
un relevé des ventes réalisées jusqu’en juin 2016. Il m’a fallu deux
déplacements pour récupérer mes affaires du dernier bouquin à cause d’un
rendez-vous non respecté de l’autre partie.
Et hélas, … ce n’est pas tout.
Au printemps 2016 je
découvre fortuitement via internet que mon livre sur la frivolité au crochet
est vendu en italien … depuis janvier 2014 !
Cette vente du droit à la
traduction dont je devais être payé 50% au plus tard en octobre 2015… je n’en ai rien
su !
Donc pas informée, pas payée non plus, et certainement pas maintenant
après cette débâcle.
Le livre « Chiacchierino con l'uncinetto di Viviane Deroover » est d’ailleurs
toujours en vente – sur amazon.it, sur différents sites de VPC.
J’ai écrit à
l’édition à Rome, au bureau italien à Milan en ce qui concerne les droits
d’auteur à payer … on se renvoie la balle comme un jeu de pingpong. Je crains que ce jeu va durer encore un peu...
Du coup, j’en suis à me remettre en question.
Réfléchir et essayer de digérer tout ça.
Prendre du recul. Pouvoir relativiser l’inquiétude.
Arriver à vider sa tête préoccupée….
Se rendre compte que l’on est trop naïve et trop confiante vis-à-vis des autres.
Faut-il investir dans une action juridique qui n’a d’ailleurs aucune garantie
d’apporter un résultat positif ?
Est-ce que tout ceci doit être vu comme une opportunité? Est-ce le moment pour virer de cap ?
Faut-il changer sa vision sur le partage et la transmission de ses connaissances?
J’ai beau être gentille, attentionnée, de caractère positif, il faut aussi assumer,
en tant qu’indépendant, charges sociales et obligations financières.
Ça stresse
un peu. Le corps encaisse jusqu’à un certain degré. Là, j’ai mal.
D’après certains, il y aurait encore assez de livres en circulation, mais je ne
saurais dire combien ni pour combien de temps.
Désolée de ne pouvoir vous
donner plus d’infos.
J’ai encore quelques exemplaires pour mes cours et
ateliers suivants. Et puis … ?
Du coup, les démos annoncées pour promouvoir mon petit dernier Locker-Hooking
sont annulées, vu que le bouquin ne sera peut-être plus en vente … ou peut-être
que si ... pour deux trois semaines … ou plus … ou moins …. Là encore, aucune
notion du nombre…
Comment voulez-vous organiser des activités dans les
prochaines semaines/mois ?
Pourtant, ça me tenait à cœur de vous communiquer ma passion pour la récup,
pour les fils, les tissus, les textiles…
Le futur est toujours imprévisible et fait de surprises, la
vie me l’a apprise à maintes reprises.
Ces surprises peuvent être mauvaises ou bonnes. Je n’ai hélas pas de boule en
cristal pour déjà dire maintenant ce que je ferais en 2017, ce que seront les
prochains mois.
J’ai toujours rebondi, mais avec le temps, on s’use …
Il me faudra du temps pour trouver une solution - sans pour autant me faire
trop d’illusions.
En attendant, mes créations sont toujours mes créations, je garde le droit d’auteur,
« non rémunéré » bien sûr, et
j’espère que l’on respectera ceci.
Voilà, ce message pour vous informer de ce qui me tracasse et
perturbe actuellement.
Il me fallait ventiler ce grondement de colère qui bouillonne
au fond de moi pour pouvoir retrouver une certaine sérénité.
Merci pour votre persévérance si vous m'avez lu jusqu'au bout 😥